Adultes qui habitent chez papa-maman : les Tanguy reviennent en force

04 Feb 2020
Societe

Adultes qui habitent chez papa-maman : les Tanguy reviennent en force

On les appelle Tanguy en France, Célibataire parasite au Japon, Boomerang Babies dans les pays anglo-saxons. Eux, ce sont des adultes presque trentenaires qui refusent de quitter la maison familiale. Et l’espèce n’est pas en voie de disparition, bien au contraire !

Les jeunes de moins de 35 ans sont de plus en plus nombreux à rester au domicile de leurs parents.

Selon une étude commandée par Open Partners, publiée dans le Parisien en octobre dernier, 60 % des étudiants et 25 % des actifs de moins de trente ans vivent toujours chez leurs parents. (Sondage réalisé en ligne auprès d'un échantillon de 1000 Français de 18 ans à 30 ans, représentatifs de la population française, entre le 18 juin et le 5 juillet 2019).

Un film culte pour expliquer un phénomène

« Le premier film Tanguy a traduit trois évolutions sociétales majeures : un accès plus difficile à l’indépendance financière, une moindre opposition entre les générations, avec des enfants qui s’entendent bien avec leurs parents eux-mêmes ouverts d’esprit, et l'envie de rester jeune le plus longtemps possible », indique Rémy Oudghiri, sociologue et auteur de "Ces adultes qui ne grandiront jamais" (éditions Arkhê).

« Le statut d’adulte est donc en train de changer. Avec le phénomène 'Tanguy', l’idée que l’on devient adulte de façon définitive n’est plus d’actualité. On peut aujourd’hui devenir adulte et rester chez ses parents, ou même revenir chez ses parents et redevenir un jeune.", ajoute ce spécialiste.

Le phénomène Tanguy en chiffres

En 2016, selon une étude publiée par OVE, les étudiants étaient un tiers à ne pas avoir pris leur indépendance. Ils sont aujourd’hui 60 %.25% des actifs de moins de 30 ans vivent aussi chez leurs parents.

Selon une étude de l'Insee publiée en 2018, 46% des jeunes de 18 à 29 ans habitent chez leurs parents en France, soit une augmentation de 1,4 point depuis 2001. Entre 18 et 24 ans, deux jeunes sur trois (65%) sont dans ce cas, et ils sont encore un sur cinq (20%) entre 25 et 29 ans.

Outre le phénomène Tanguy il existe aussi « l’effet boomerang »

Outre le phénomène Tanguy il existe aussi « l’effet boomerang ». Ces jeunes partis de chez leurs parents reviennent à la suite d’une rupture sentimentale, d’un divorce, d’un licenciement. Parmi les 25-29 ans, un jeune sur cinq est parti puis revenu chez ses parents, un sur quatre après 30 ans.

Et cela touche les homme comme les femmes. Ce phénomène est même en expansion : il ne touchait que 8% des 24-35 ans en 2006 et 11% en 2011.

Entre 1970 et 1990, rester chez ses parents était mal vu, synonyme de paresse. Le syndrome de Peter Pan n’est plus si rare que cela aujourd’hui : les parents accueillent et aident volontiers financièrement les jeunes adultes.

En cause, les prix de l'immobilier et la précarité

Pourquoi restent-ils aussi longtemps chez leurs parents ? Pour 42 % des sondés, particulièrement chez les étudiants, il s'agit d'un choix voulu, à cause de la longueur des études. Mais pour un quart d'entre eux, c'est plus une contrainte non voulue, par manque d'argent, et pour 7 %, c'est parce qu'ils « n'ont pas trouvé de logement adéquat ». Les jeunes ont aussi du mal à trouver un logement à des prix abordables.

Et cela se complique encore plus quand une fois diplômés ils n’ont que des CDD, des contrats courts. En effet la location est plus facile quand on présente un contrat pérenne type CDI. Le contexte économique difficile n’aide donc pas.

L’argent, le nerf de la guerre

Plus d'un quart des jeunes qui vivent encore chez leurs parents participent financièrement à la vie de la maison. Les jeunes actifs aident plus que les étudiants (40 % contre 13 %) mais ils ne paient même pas le montant d’un vrai loyer : pour tous, la participation moyenne s'élève à 197 euros par mois !

Et même partis les parents continuent à mettre la main à la poche pour leurs enfants : 77 % des jeunes sont accompagnés par leurs parents : 32 % financièrement pour l'achat de meubles, le dépôt de garantie ou le paiement d'un loyer.

La somme allouée aux enfants majeurs varie selon les revenus des parents entre 1890 et 5170 euros (pour un jeune en étude) par an (étude Drees Insee en 2014). Les auteurs de cette étude indiquent aussi que les enfants aidés n’ont pas conscience du montant de l’aide financière fournie par leurs parents et semblent même « la sous-estimer »., ne faisant pas la différence entre l’aide pure et ceux qui relèvent des cadeaux.

Des conséquences pas du tout anticipées

Attention toutefois la cohabitation à longueur d’années avec ses parents peut entraîner des conséquences non voulues. En effet si on réside chez ses parents à titre gratuit, le montant du RSA peut baisser de facto pour son allocataire.

Autre conséquence mais à plus long terme : l’effet sur la succession quand il y a plusieurs héritiers. Si un des enfants a vécu chez ses parents, sans rien débourser pendant des années, cela peut être considéré comme un avantage en nature « sortant du cadre de l’obligation alimentaire », ou comme une donation déguisée. L’autre héritier pourra alors demander devant le juge le remboursement des sommes payées par les parents pour lui.

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